Golfe du Morbihan - ONCFS

Les herbiers de zostères dans le golfe du Morbihan

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Herbiers de zostère naine dans l'anse de Boëd Herbiers de zostère naine dans l'anse de Boëd ONCFS
Les zostères, marines et naines, sont des plantes marines, et non des algues, qui se développent sur les zones de vasières des côtes de la Manche et de l'Atlantique. Ces plantes jouent des rôles divers et essentiels pour le milieu côtier : dynamique sédimentaire, zones de nourrissage et de développement de nombreux organismes, etc. Elles constituent une ressource alimentaire de première importance pour les oiseaux migrateurs et hivernants.
Par la superficie qu'ils occupent, les herbiers de zostères du golfe du Morbihan sont les plus importants de Bretagne et les deuxième en France après le bassin d'Arcachon. Leur préservation constitue un enjeu fort.

Généralités sur les herbiers de zostères :

(Les informations suivantes sont extraites de la fiche de synthèse réalisée par le réseau Rebent dans le cadre de Natura 2000, rédigée par Christian Hily (LEMAR, IUEM). Pour télécharger cette fiche, cliquez ici.)

Les zostères sont des phanérogames marines qui se développent sur les sédiments sableux et sablovaseux intertidaux et infralittoraux des côtes de la Manche et de l'Atlantique. Elles forment des herbiers, parfois denses, comparables aux prairies terrestres. Le long des côtes Manche/Atlantique françaises deux espèces se rencontrent sur les estrans et petits fonds côtiers, la zostère marine et la zostère naine (Zostera marina et Zostera noltii).
La répartition des deux espèces de zostères sur les sédiments marins est différente : Zostera marina se développe dans la zone infralittorale, depuis la partie exondable aux basses mers jusqu’aux profondeurs de 3 à 4 m ; Zostera noltii se développe au milieu de la zone médiolittorale à des taux d’émersion de 40 à 70 % en moyenne (exceptionnellement 10 m). Ainsi les deux espèces ne se rencontrent ensemble sur l’estran qu’au niveau des limites basses de la zostère naine et hautes de la zostère marine.

Le rôle écologique des herbiers de zostères revêt des aspects très divers et explique l’intérêt tout particulier porté à cet habitat dans le cadre de la gestion et de la conservation de l’environnement côtier :
-  Stabilisation du sédiment
-  Oxygénation de l’eau
-  Zones de haute production primaire
-  Espèces structurantes des communautés benthiques
-  Habitat de fixation pour de nombreuses algues et invertébrés
-  Habitat /refuge temporaire ou permanent / zone de reproduction pour de nombreux poissons, crustacés (crevettes) et mollusques (seiches)
-  Ressource alimentaire essentielle pour plusieurs oiseaux herbivores au cours de leur hivernage (canards siffleurs, canards colverts, canards pilets, sarcelles d’hiver, bernache cravant). Ceci est particulièrement vrai pour les Bernaches cravants, qui peuvent consommer presque complètement la biomasse épigée des herbiers de Zostera noltii plus accessibles avant la chute naturelle des feuilles (les zostères sont des plantes annuelles).


Herbiers de zostère naine à fleur d'eau près de l'île de Boëde. ONCFS

Deux types de dynamique s’observent dans l’évolution des herbiers de Bretagne depuis le début des années 90 :
- des régressions locales sous les impacts d’aménagements portuaires, de l’augmentation du nombre des corps morts dans les zones de mouillage, de l’augmentation des surfaces concernées par les marées vertes, de l’augmentation de la turbidité et des dépôts de particules fines
- des extensions dans les zones de milieux plus ouverts, là où ces facteurs anthropiques ne sont pas actifs et où les herbiers s’étendent dans des proportions non négligeables. Cette extension tendant à se faire non pas vers des zones plus profondes mais latéralement et/ou plus haut sur l’estran.

Malgré leur abondance locale, les herbiers de zostères sont très vulnérables en raison :
- De leur sensibilité aux stress et aux perturbations naturelles et anthropiques. Ceci est apparu dramatiquement dans les années 1930 lorsque les herbiers de Z. marina furent presque totalement détruits par la maladie appelée "wasting disease" dans tout l’Atlantique nord. Après avoir semblé au bord de l’extinction, l’espèce s’est lentement réinstallée dans de nombreuses localités.
- De nouveaux types d’activités : il s’agit de la pêche à pied des palourdes, particulièrement dans le golfe du Morbihan, et le mouillage estival des bateaux de plaisance dans les abris naturels, zones de prédilection des herbiers. L’extension de l’ostréiculture et de la mytiliculture induit localement de très fortes régressions des surfaces colonisées par les herbiers.
- Des extractions de sédiments, des aménagements portuaires et surtout à plus vaste échelle l’eutrophisation des eaux côtières : ces facteurs stimulent aussi bien le phytoplancton que les algues épiphytes, réduisant ainsi l’accès de la lumière aux feuilles.

Les herbiers sont devenus ces dernières années des espèces "phares". Habitat à forte valeur écologique et patrimoniale, il bénéficie de mesure de gestion et de protection à différentes échelles.
La prise de conscience est maintenant globale. C’est dorénavant au niveau mondial que l’ensemble des phanérogames marines est considéré comme un type d’écosystème à haute valeur, induisant partout des démarches de conservation et focalisant les recherches scientifiques à un niveau d’intérêt équivalent aux récifs coralliens et aux mangroves.
Les herbiers sont recensés parmi les habitats menacés dans la "Directive Habitat" (92/43) et reconnus désormais comme des habitats d’intérêt majeur, nécessitant des mesures de gestion et de conservation particulières.
La "Directive Cadre Eaux" (2000/60/CE), qui a pour objectif de prévenir et réduire la pollution des eaux et améliorer l'état des écosystèmes aquatiques, a également retenu les herbiers comme habitat devant être considéré pour évaluer la qualité des masses d’eaux.
Les herbiers de zostères sont également répertoriés par la "Convention OSPAR" pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du nord-est, parmi la liste des espèces et habitats menacés et/ou en déclin (2004).

Les travaux sur les herbiers se sont multipliés grâce en particulier à la mise en place du réseau REBENT qui a retenu les herbiers comme habitat à suivre et à cartographier dans le cadre du volet sectoriel et zonal de la surveillance des habitats benthiques côtiers. En 2008 un premier atlas des herbiers de zostères a été produit par le réseau REBENT (Corbeau et Rollet, 2008). Il s’agit d’une synthèse de données multisources et multidates issues d’études utilisant différentes méthodes de cartographie (pour en savoir plus sur ces méthodes, cliquez ici).
A l’image du REBENT, de l’Observatoire de l’IUEM et de la DCE, les réseaux en place ont un rôle primordial dans la surveillance des herbiers. Ils sont garants d’une acquisition de données permettant :
- d’une part de prendre part à la réflexion et aux échanges entre les scientifiques et gestionnaires,
- d’autre part de répondre à des attentes locales, régionales, nationales et européennes pour la mise en place des directives concernant les herbiers de phanérogames marines, leur protection, leur utilisation comme bio-indicateur,
Ainsi, le suivi des sites de référence des herbiers de zostères marines de 2003 à 2007 dans le cadre du réseau REBENT a permis d’en mesurer la biodiversité. Plus de 500 espèces d’invertébrés, présentes dans cet habitat exceptionnel, ont été identifiées. Les données acquises permettent dès aujourd’hui de dresser un bilan comparatif de l’état écologique des herbiers qui font l’objet d’un suivi et de développer une approche de type bio-indicateur pour évaluer l’état de santé écologique de cet habitat dans un site donné.


Les herbiers de zostères dans le golfe du Morbihan :

Le golfe du Morbihan présente l’un des deux plus importants herbiers de zostères français après le bassin d’Arcachon. Il accueille un échantillon représentatif de ces habitats, avec pour Zostera noltii, 529 ha, dont trois ensembles de grande densité (Tascon, Baie de Sarzeau, Mancel), et pour Zostera marina, 804 ha. La superficie de ces herbiers est significative au niveau européen.
Les conditions climatiques du golfe du Morbihan influencent la saisonnalité des herbiers qui disparaissent pendant l'hiver. La dégénérescence et la mortalité des feuilles s'observe très facilement sur les plages environnantes, avec l'accumulation des zostères mortes, autrefois utilisées pour bourrer les matelas ou servir de litière pour les animaux (L. Marsille, 1935 in Bulletin de la Société Polymathique).

Les zones d'herbiers du golfe, particulièrement celles à Zostera noltii, accueillent plus de la moitié de l'effectif d'oiseaux migrateurs et hivernants qui viennent s'y nourrir. Les principaux consommateurs sont les bernches cravants et divers canards dont le canard siffleur.

Ces herbiers ont font l'objet de suivis réguliers réalisés depuis les années 60 par Roger Mahéo et Pierre Denis, puis aujourd'hui dans le cadre du programme REBENT. Une cartographie a été également réalisée en 2002 par Bernard & Chauvaud dans le cadre de l'élaboration du document d'objectif (DocOb).
Plusieurs études ont également été menées sur le golfe afin de mieux connaître les spécificités locales de ces herbiers, leur sensibilité aux substances exogènes, leur dynamique, et leur rôle écologique, les liens avec les animaux qui les consomment comme les bernaches (cf. références en fin d'article). Ces divers travaux sont consultables à la bibliothèque de l'ODEM (Observatoire Départemental de l'Environnement du Morbihan).

Evolution des surfaces de zostères naines (Z. noltii) et zostères marines (Z. marina) dans le golfe du Morbihan entre 1960 et 2000


1960 / 62 (sources : Roger Mahéo)

 

 

 

 

 

 

1968 / 72 (sources : Roger Mahéo)


1978 / 82 (sources : Roger Mahéo)

 

 

 

1990 / 91 (sources : Roger Mahéo)

2000 (sources : Bernard & Chauvaud)

Les cartes précédentes montrent l'évolution surfacique des deux zostères (vert clair pour Z. noltii et foncé pour Z. marina).
Les méthodes de cartographies utilisées entre les années 60 et 2000 ont beaucoup changées, mais l'on peut globalement comparer ces évolutions.
On peut remarquer que les surfaces de Zostère naine connaissent une évolution globale assez régulière et semble en régression ces dernières années.
Zostera marina est beaucoup plus fluctuante. La faiblesse des surfaces constatées dans les années 60 s'explique par la grande régression de l'espèce observée dans les années 30 (cf. fiche REBENT/Natura 2000, cliquez ici). Cette régression avait d'ailleurs fait l'objet d'un article dans un bulletin de la société polymathique qui signalait déjà une vive inquiétude des naturalistes de l'époque (Marsille, 1935).


Vue aérienne de l'anse de Tascon en septembre 2009, l'un des plus beau herbier DREAL Bretagne, prestataire privé
de zostère naine du golfe du Morbihan. On le voit bien se dessiner de part et d'autre
du chenal, à une saison où il est au plus dense et dynamique.

 

Références à consulter traitant des zostères dans le golfe du Morbihan (non exhausif) :
Chauvaud (S.) & Canado (G.), 2002, Etude de l'impact de la pêche à pied sur le développement des herbiers à Zostera noltii dans le Golfe du Morbihan, Natura 2000 - Diren de Bretagne, 20 p.
Denis (P.), 1978, Les herbiers de zostères et leur importance écologique au sein des zones humides littorales : exemple du Golfe du Morbihan, Station biologique de Bailleron - SEPNB, Vannes, Pages 75-82
Denis (P.) & Mahéo (R.), 1980, Ecologie et productivité des herbiers de zostères du Golfe du Morbihan, Ministère de l'environnement, SEPNB, Brest, 43 p.
Denis (P.) & Mahéo (R.), 1980, Golfe du Morbihan : cartographie et étude des herbiers marins, SEPNB, Brest, 33 p.
Denis (P.) & Mahéo (R.), 1983, Golfe du Morbihan : conséquences des concentrations du milieu en substances exogènes sur l'Ecosystème herbier de zostères, Ministère urbanisme et logement, CREBS, Rennes, 76 p.
Denis (P.) & Mahéo (R.), 1982, Etude de la réactivité des herbiers de zostères du Golfe du Morbihan aux concentrations du milieu en constituants chimiques exogènes (nitrates et phosphates), Ministère urbanisme et logement, CREBS, Rennes, 57 p.
Desmonts (D.), 2002, Abondance et distribution de la Bernache cravant dans le Golfe du Morbihan : rôle des ressources et influence des activités humaines, Mémoire de DEA "Biologie, Evolution et Contrôle des Populations" - Université François Rabelais Tours, 31 p.
Desmonts (D.), 2007, Intégration du lien consommateur-ressource dans l'étude de l'influence des activités humaines sur l'hivernage des bernaches cravant dans un écosystème littoral fortement anthropisé, Thèse d'océanologie biologique - Université de Bretagne Occidentale, Brest, 183 p.

L'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage

L'ONCFS est un établissement public, sous double tutelle des Ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture, en charge de la connaissance de la faune sauvage et de ses habitats, de la police de la chasse et de l'environnement et de l'appui technique auprès des décideurs politiques, aménageurs et gestionnaire de l'espace rural.  L'ONCFS est implanté dans tous les départements métropolitains et d'outre-mer.

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